Début du commencement
POV JuneLa fraîcheur de la pièce dans laquelle nous étions en train de suivre notre cours d'anglais me donnait de légers frissons. Le contact de mes doigts tremblants avec les flancs de métal gelé de ma chaise n'arrangeait en rien la température glaciale de la pièce. Cependant, la voix élevée de notre professeur, Mme Desby, essayant de calmer l'agitation inextinguible que produisaient mes camarades de classe, réchauffait un peu l'atmosphère.
« Un peu de calme, s'il-vous-plait ! Je vais donc vous rendre vos devoirs : il s'agissait de composer un poème en anglais. Monsieur Mery, auriez-vous l'obligence de vous taire ? Merci. Je vais procéder comme à mon habitude, c'est-à-dire lire le meilleur devoir puis vous rendre vos oeuvres. Allons-y !
»J'espère de tout coeur qu'elle n'a pas choisi ma copie. Je doute que ce soit la meilleure mais j'avoue m'être beaucoup appliquée et avoir passé un temps assez long sur ce travail. Elle cherche la copie qui va être lue. Le tas que formait l'ensemble des poésies n'est plus que feuilles éparpillées sur son bureau.
J'arrache de fins morceaux de peau entourant l'ongle de mon pouce. En cas de tension nerveuse, c'est ainsi que je fonctionne. Certains se rongent les ongles, moi j'âbime mes pauvres petites phalanges. La voilà qui s'avance vers nous, une feuille entre les deux mains, un sourire triomphant.
« Le travail que j'ai estimé être le meilleur est celui de June.
»Oh non ! Pas ça ! Ce que je redoutais. D'un côté, tant mieux, cela signifie donc que j'ai obtenu une bonne note. Mais je déteste qu'on lise mes écrits à l'oral. En résultent des regards jaloux et autres comportements en tout genre. Je ne suis pas très aimée dans cette classe, ni dans tout ce lycée d'ailleurs. Cela est peut-être dû à mon attitude réservée ou à ma tenue vestimentaire repoussante. Finalement, ce n'est pas ce qui me tracasse le plus. Le plus important pour moi, est de lui plaire à lui.
Les autres m'importent peu. Je me retourne et le cherche des yeux. Il est là, me fixant. Il est magnifique.
« June, pourrais-tu venir lire ton travail devant la classe ?
»Cette question me tira de ma contemplation et je dus reprendre mes esprits égarés dans ses yeux posés sur moi.
« Euh ... o ... oui.
»« Très bien. Les autres, je veux un silence religieux dans cette pièce, pas un seul bruit. Je ne souhaite entendre que la voix de notre chère June.
»Je me lève de ma chaise et rejoins notre professeur. Je suis à présent face à tous ces visages qui me fixent et attendent le début de ma récitation.
« Nous t'écoutons.
»Avant de débuter, je jette un coup d'oeil à sa place. C'est avec son regard tendre et attentif posé sur ma silhouette, que j'entame ma lecture.
« As the sun rises in the East,
So the breaking dawn of my loves begins,
As the sun sets in the West,
I am overwhelmed with a burning desire,
A desire locked down deep inside,
One that cannot be concealed anymore. »
Je marque une courte pause. Nos regards se rencontrent. Je ne me détache pas de lui. Il ne sait sans doute pas que cette composition lui est destinée. Il bouge légèrement la tête, m'indiquant de poursuivre.
« I long for one sweet kiss to quench my thirst,
I long for one tender touch that will last a lifetime,
At the end of it all you are my deepest desire,
I love you not today not tomorrow but forever ! »
J'achève ma lecture avec un soulagement. Mes yeux se reposent au coeur de son regard. Il m'adresse un sourire. Est-il une preuve que ce poème lui a plu ? Je retourne à ma place, toujours perdue dans la beauté de ses pupilles.
« Merci June, c'était le meilleur travail. Vos poèmes sont dans l'ensemble corrects. Je vais vous les rendre.
»Il sourit toujours. Je lui rends ce splendide sourire. Soudain, ses traits deviennent plus durs et il me fait signe de me retourner. Une main se pose sur mon épaule. Je me replace face à ma table et je constate que Mme Desby, se tient debout devant moi, les bras croisés et encore chargés de copies.
« Et bien June, qu'avez-vous à regarder votre frère ainsi ? Monsieur Twinly, douze sur vingt, beaucoup trop de fautes de grammaire !
»Notre professeur reprend sa marche dans les rangs séparant nos tables. Mon frère. Elle a dit « votre frère ». Elle a entièrement raison. Pourquoi je le regarde de cette façon ? C'est mon frère, oui peut-être mais c'est aussi mon jumeau. Celui que j'aime plus que tout depuis ma naissance. Voilà maintenant seize ans que nous nous aimons profondément. Nous ne nous sommes jamais séparés et n'y songeons même pas une seconde. Il est ma moitié, mon double, mon amour.
La sonnerie annonçant la fin du cours d'anglais retentit. Je range mes affaires en vitesse et file hors de la salle. Je suis bientôt rejointe par celui que j'attendais. Il se poste de mon côté gauche et nous marchons dans le couloir sombre, en direction de la cantine. Heureusement, il n'y a pas beaucoup d'attente aujourd'hui. Nous nous installons à une table isolée des autres, comme à notre habitude. Assis face à face, nous entamons notre déjeuner.
« Combien as-tu obtenu de points pour ton poème ?
»« Dix-neuf. Comment l'as-tu trouvé ?
»« Vraiment superbe ! Je suis resté bouche bée.
»« Merci.
»« C'est pour ce travail que tu es restée enfermée dans ta chambre toute la soirée de mardi ?
»« Oui, exactement.
»« J'aime ta façon d'écrire June. Tu fais partager tellement de sentiments et d'émotions !
»« C'est pour toi que j'ai écrit cette poésie, Bill.
»Un large sourire prit place sur son visage. Ses joues rosirent légèrement.
« Merci, ma June.
»Il posa sa main sur la mienne, derrière nos plateaux, cachées des regards indiscrets. Il caressait le dos de celle-ci, à l'aide de son pouce en un mouvement tendre et agréable. Les liens qui nous unissent sont bien plus forts que de la simple fraternité. Notre gémélité a renforcé ces liens. Je ne m'imagine pas sans lui. S'il se sépare de moi, ne serait-ce qu'une heure ou deux, je me sens perdue et abandonnée. Je sais que cet amour pour lui est exagéré. Mais je ne fais que subir la beauté de son être. Il représente tout à mes yeux, il est ma vie. Suis-je la sienne ?
Nos deux plateaux débarassés, nous sortons du réfectoire. Le soleil aujourd'hui est radieux et aucun nuage ne vient troubler la quiétude du ciel bleu. Nous cherchons une parcelle d'herbe fleurie encore inoccupée par des élèves. Manque de chance, la pause de midi est décidément l'heure de pointe royale. Tant pis. Comme nous n'avons plus cours, nous décidons de nous rendre dans le parc municipal. J'espère au moins qu'ici, nous trouverons un endroit dans lequel nous pourrons être tranquilles. Bill se saisit de ma main et m'entraîne au bord de l'étang. Il s'assoit dans l'herbe parfaitement coupée et m'invite à l'imiter, ce que je fais immédiatement.
Fin POV June - Début POV BillElle est si jolie ma petite soeur. Oui, petite car nous sommes nés à quelques minutes d'écart, ce qui fait de moi l'aîné. Papa et maman ont fait du bon travail. Je ne parle pas de moi mais d'elle, bien évidemment. Je la regarde, cela devient une habitude. Peut-être mauvaise. Je ne la regarde pas comme je regarderais une autre personne. Je la regarde comme ma double, ma moitié, la fille la plus belle du monde. Raah, et voilà qu'elle recommence d'arracher ses petites peaux. Je déteste qu'elle fasse ça. Ses beaux ongles vernis de noir ne se lient pas du tout avec ces petites plaies rouges.
« June, arrête s'il-te-plait !
»« Mais ...
»« Il n'y a pas de mais. C'est pas beau et en plus, ça fait mal. Pourquoi fais-tu ça ?
»« Quand je suis stressée !
»« Voyons, il n'y a aucune raison d'être tendue maintenant. Pourrais-tu je relire ta rédaction ?
»« Le poème ?
»« Oui.
»Elle ouvre son sac, tire les élastiques de sa pochette à rabats et en sort la précieuse copie. Elle la pose sur mes genoux et me regarde la saisir. Afin d'être plus confortablement installé pour ma lecture, je m'allonge sur le ventre et dispose la feuille entre mes deux coudes qui me servent d'appui. J'entame alors la traduction silencieuse de ces lignes, rédigées d'une écriture fine et sucrée. June est assise à côté, les jambes en tailleur et joue avec les pâquerettes dont les pétales blancs donnent de petites touches de couleur aux grands espaces verts.
« Alors que le soleil se lève à l'est,
L'aurore de mon amour commence à poindre,
Alors que le soleil se couche à l'ouest,
Je suis envahie d'un désir brûlant,
Un désir enfermé au fin fond de moi,
L'un de ceux qu'on ne peut cacher plus longtemps. »
Elle est à présent allongée à côté de moi et insère l'une des nombreuses fleurs blanches entre deux mèches de mes cheveux noirs. Puis elle s'approche et dépose ses lèvres sur ma joue. Je ne lui offre pour réponse qu'un simple sourire et je reprends ma lecture/traduction.
« J'attends impatiemment un doux baiser pour apaiser ma soif,
J'attends impatiemment un geste tendre qui durera toute une vie,
Pour tout dire, tu es mon désir le plus profond,
Je ne t'aime pas aujourd'hui ni demain mais à jamais ! »
Mes yeux se ferment. Je prends une profonde inspiration. Ce que je viens de lire ici est tout simplement ... Non. Il n'y a pas de mots. Ce poème témoigne assurément de l'amour qu'elle me porte. J'ouvre ma bouche. Aucun son n'en sort. Bouche bée. Voilà l'état dans lequel cette déclaration me laisse. Je reprends mes esprits et me tourne vers elle. Elle fixe le ciel, les jambes repliées contre son buste.
« June, moi aussi je t'aimerai à jamais !
»La prononciation de ces quelques mots lui fit tourner la tête dans ma direction. J'approche mon visage du sien. J'aime son odeur. Mes lèvres se posent sur les siennes. Voici le baiser qu'elle attendait. Je me détache d'elle en la regardant tendrement. Les baisers de ce genre sont récurrents dans notre relation. Nous sommes jumeaux, après tout. Nous nous sommes cependant fixés des limites. Je passe ma main dans ses cheveux couleur ébène. Les petites barrettes roses fixées sur le côté de sa chevelure perturbent mes caresses. Et cette grande mèche, cachant presque la totalité du haut de son visage ! C'est bien domage, elle possède de si jolis yeux noisettes. Ma June, ma petite soeur ... je t'aime tellement.
Fin POV Bill - Début POV JuneIl joue avec mes cheveux. J'adore quand il fait ça ! De petits frissons s'éveillent dans le bas de mon dos. Sa main libre se déplace sur mon ventre telle une petite bête. Je suis chatouilleuse. Et voilà qu'il commence à pincer mes hanches. J'étouffe un petit cri de surprise et me mets à rire. Je ne supporte pas les chatouillesn c'est plus fort que moi. Et il le sait. Il reprend de plus belle. Je me mets à hurler. Il plaque sa main sur ma bouche grande ouverte et s'assoie à califourchon sur mon bassin. Afin de me délivrer de l'emprise de sa main sur mes lèvres, je tente de le mordre. Gagné ! Il vient de se retirer.
« Aie ! Mais ça fait mal !
»En guise de réponse, je lui tire la langue. Il plonge sur moi et embrasse le bout de mon nez. Puis il se relève, toujours sur moi et me regarde droit dans les yeux. Je brise le silence.
« Bill, je veux un piercing !
»Je viens d'aborder le sujet tabou. Il ne veut pas.
« On en a déjà discuté avec maman, Junny ! Elle n'est pas d'accord et moi non plus !
»« Mais pourquoi ? Tu en as deux, toi !
»« Raah ! C'était une erreur que d'implanter ces morceaux de métal sur ma peau et ma langue !
»« Il n'empêche que je voudrais un piercing là !
»Je désignai mon labret. Il leva les yeux au ciel.
« Mais non ! Cela va abîmer ta jolie peau et tu n'as pas besoin de ces artifices pour être plus jolie que tu ne l'es déjà !
»« Si !
»« Non !
»« Si !
»« Oh que non !
»Furieux, il se dégagea et s'asseya, les bras croisés contre son torse.
« Tu es si beau quand tu te mets en colère !
»J'éclate de rire. Il tourne la tête dans mon sens et m'adresse un sourire narquois.
« Petite maligne va ! Attends que je t'attrapes !
»J'eus le temps de me lever et de courir quelques mètres. Ma course ne fut pas longue puisqu'il me rattrapa en moins de deux. Il m'attira à lui et pinça mes deux joues. Nous riions comme deux imbéciles. Les passants nous regardaient, un air interrogateur.
« On rentre ?
»« Si tu veux.
»Nous nous chargeons de nos sacs et nous mettons en route vers la maison. Celle-ci ne se trouve pas très loin d'ici. Elle est assez grande. Ses murs sont crépis de bleu. Papa et maman l'on faite construire, il y a sept ans. Nous avions alors neuf ans. Papa s'est séparé de maman trois ans après. Il est parti dans un autre pays et nous n'avons plus eu de nouvelles depuis. La raison de ce départ nous est inconnue. Nous approchons.
« Tiens, maman n'est pas encore rentrée ?
»« On dirait bien.
»Nous nous arrêtons sur le palier. Bill sort les clefs de sa poche et les introduit dans la serrure. Puis nous entrons. L'air de l'intérieur est un peu plus chaud que dehors. Je pose mon sac dans l'entrée et cours m'allonger sur le canapé vert anis. Bill, quant à lui, se rend dans la cuisine, ouvre le placard et se saisit du paquet de granolas. Il me rejoint et s'assoit à mes côtés.
« T'en veux ?
»Il me tend les biscuits.
« Maman a laissé ça sur la table de la cuisine.
»Il sort un morceau de papier de sa poche et le déplie soigneusement. Puis il le dépose sur l'un de mes genoux. Tout en machouillant un granola, je m'attaque à la lecture du petit mot.
« Bill, June,
Je ne rentrerai pas à l'heure habituelle ce soir. Il me reste beaucoup de boulot au bureau. Je ne sais pas encore l'heure à laquelle je serai de retour. Il y a de quoi vous préparer à manger. Je vous aime. Maman. »
« Ah ben cha ! Ch'est toi qui fera à mancher Bill !
»« Mais bien sûr !
»Je jette le paquet vide sur la table basse et vais me servir un verre de limonade dans la cuisine. Je regagne ensuite le salon.
« Je vais travailler avant d'aller à la danse !
»« Okee ! Attends, je monte aussi !
»Il empoigne son sac et me suis dans les escaliers en colimaçons. Nos parents ont fait preuve d'un grand modernisme pour la construction de notre maison. J'en suis d'ailleurs assez fière. Nous nous rendons dans chacune de nos chambres après que Bill m'ai embrassée sur la joue. Je m'installe sur mon lit et sors les cahiers de mon sac. Pas envie de travailler. Tant pis, il faut que je m'y mette ! Je ne dois en aucun cas louper mon cours de danse de ce soir. Il fait partie des révisions de la chorégraphie de notre représentation du mois prochain. La danse est un sport que je pratique depuis mes dix ans. Je ne fais pas de danse classique mais de la danse moderne. Je joue aussi d'un instrument : la guitare. Bill m'accompagne au chant et il m'arrive parfois de l'imiter. Nous ne nous produisons pas devant un public à part peut-être maman. Nos ambitions futures ne sont pas de vivre de la musique, du moins pour l'instant.
Vos avis.